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Gaël Caron et la recherche de la densité

  • Photo du rédacteur: Loïse Pannier
    Loïse Pannier
  • 21 nov. 2025
  • 5 min de lecture
Gael caron dans son atelier

Gaël Caron dans son atelier


Gaël Caron est un artiste contemporain et directeur artistique basé à Paris. Formé à l’ESAAT de Roubaix, aux Beaux-Arts de Paris et diplômé de Gobelins, où il découvre sa passion pour le pastel à l’huile, un médium qu’il explore depuis pour sa densité et sa sensibilité uniques.


À travers ce matériau fragile et vibrant, il capture la poésie du quotidien : fragments de vie ordinaire, instants d’adolescence, corps saisis dans un monde traversé par le numérique. Ses œuvres se distinguent par un équilibre subtil entre douceur, tension et fragilité, chaque couleur y trouve la précision d’un mot juste.


Fidèle à sa démarche, « rendre visible ce que l’on ne voit plus », Gaël conçoit l’art comme un espace de respiration, un geste instinctif qui révèle la beauté discrète de notre époque.



Pourquoi avoir choisi le pastel à l’huile comme médium ? C’est une matière très sensible, qui ne sèche jamais vraiment. Comment abordez-vous cette matière lorsque vous travaillez ?


J’aime sa lenteur, sa résistance, sa part d’imprévu. Le pastel à l’huile ne sèche jamais en effet, il rend ainsi mes œuvres vivantes, fragiles et sauvages à la fois. On ne sait pas vraiment comment elles vieilliront. Elles sont le présent. Et puis c’est une matière que je travaille avec les doigts, presque comme de la terre. Il y a quelque chose de sculptural dans ce rapport direct à la surface, je modèle plus que je ne dessine.


Les pieds sur le canapé - Dessin - 38x28cm


Vos œuvres représentent souvent des scènes de vie très réalistes, presque familières, comme si nous les avions déjà vécues. Comment choisissez-vous les moments que vous décidez de peindre ?


Je pars souvent d’un geste, d’une posture, d’un moment suspendu. Ce sont des scènes très ordinaires, issues de mon environnement proche — une lumière, un angle, un corps dans l’attente. Parfois, ces images viennent aussi de mon quotidien virtuel : une photo anodine aperçue sur les réseaux, une image qu’on scroll d'ordinaire sans y prêter attention. J’aime prélever ces fragments, leur redonner du temps, une densité, une lecture poétique. C’est une façon de ralentir le flux, de transformer l’instant fugitif en quelque chose de suspendu. Je cherche moins à raconter qu’à capter cette vibration du réel, entre le familier et l’étrange.


Selfi fleuri
Selfi fleuri - Dessin - 62x50cm

La couleur occupe une place très forte dans votre travail. Comment choisissez-vous votre palette ? Est-ce un choix instinctif ou plus réfléchi ?


La couleur, pour moi, c’est d’abord une sensation plus qu’un choix. Elle vient instinctivement, souvent avant le sujet. Je dis souvent que j'ai une vue altérée car je perçois des formes et des aplats de couleurs avant même de comprendre les volumes ainsi que l'espace qui m'entoure. J’essaie de trouver une tension, une vibration entre les teintes plutôt qu’une harmonie sage. Je travaille beaucoup à partir de souvenirs visuels — une lumière trop chaude, un air saturé, une teinte qui persiste sur la rétine. Parfois, une couleur suffit à déclencher l’image. Elle me permet de construire une atmosphère avant même de savoir ce que je vais représenter. Ensuite seulement arrive le sujet et son propos.


Y a-t-il des artistes, des courants ou d’autres formes d’art qui vous inspirent particulièrement ?


Je me sens très proche de la peinture contemporaine, de sa dimension sensible et incarnée. Mes œuvres sont des dessins sculptés qui ressemblent souvent à des peintures, je cherche cette densité, cette présence physique de la couleur. Matisse m’inspire de manière plus classique pour sa façon de faire respirer l’aplat, d’accorder à la couleur une autonomie totale. Je trouve son art tellement contemporain. Chez Claire Tabouret, j’aime cette tension fantomatique, cette suspension des corps entre force et fragilité. Mais mes influences dépassent la peinture : J'aime des artistes comme Nan Goldin pour son regard sur l’intime, Chez Albert Camus ou William Carlos Williams, je retrouve une même poésie du quotidien, cette attention à la beauté discrète des choses simples que j'affectionne particulièrement. Sofia Coppola et Martin McDonagh me surprennent souvent par leur capacité à révéler l’émotion dans ce qu’on ne regarde plus. Et puis il y a Jarmusch, pour sa lenteur, son humour tranquille, sa façon d’installer la poésie dans les silences.



Danse bleu
Danse bleue - Dessin - 68x50cm

À quoi ressemble une journée de création pour vous ? Avez-vous des rituels, des habitudes ou un rythme particulier dans votre processus ?


Il n’y a pas vraiment de rituel, mais un rythme intuitif. Je travaille une œuvre à la fois, pour rester concentré sur le moment que je veux saisir. J’y reviens souvent, le matin tôt, le soir, à différents instants de la journée — comme si chaque lumière déplaçait un peu le sens du geste. Je passe beaucoup de temps à regarder, à laisser venir. Parfois, une journée se résume à un geste, une nuance trouvée. C’est un moment très concentré, posé et énergique à la fois. Tout se fait dans une forme de silence habité, accompagné de disques vinyles et autres cassettes audio, comme une bande-son intérieure. Très important pour moi la musique dans le processus de création.


Bleu lin / Camille Influence / La chambre du Lac Majeur


Parmi toutes vos œuvres, y en a-t-il une à laquelle vous êtes particulièrement attaché ? Pourquoi celle-ci ?


Il y a plusieurs œuvres auxquelles je reste attaché, pour des raisons différentes. La chambre rose, par exemple, qui représente un couple sous une lumière trop crue, presque maladroite dans une chambre rose à la déco succincte et vintage. Elle me touche parce qu’elle condense beaucoup de choses que je cherche : cette tension entre fragilité et force, entre douceur et trouble. Elle me paraît encore vivante, comme si elle respirait, soupirait par elle-même. Et puis il y a Le regard, l’un de mes premiers dessins. Je l’ai fait après avoir croisé, dans un train, le regard d’une jeune femme — à la fois sensuel et mystérieux. Ce moment m’a déstabilisé, et il continue de le faire chaque fois que je revois le dessin. C’est une image simple, mais qui garde pour moi quelque chose d’insaisissable.


La chambre Rose / Le regard


Enfin, avez-vous des projets à venir, une exposition, une nouvelle série ou une collaboration en préparation ?


Je prépare une exposition collective à la galerie Signal, à Crest, dans le sud de la France, à la fin du mois de novembre. Le thème tourne autour de l’hibernation et des rituels. J’y présenterai des pièces inspirées de nos petits rituels du quotidien — ces gestes minuscules qui nous ancrent, nous rassurent, parfois sans qu’on s’en rende compte. Des rituels poétiques, presque imperceptibles, mais qui disent beaucoup de la façon dont on habite le monde.


Coffee and cigarettes - Dessin - 38x28cm / Retour des courses - Dessin - 29x38cm / Fleur d'automne - Dessin - 38x28cm



Pour découvrir davantage d’œuvres de Gaël Caron, rendez-vous sur son site https://gaecaron.myportfolio.com/work et suivez son actualité sur Instagram @gael.oil

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