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ART DOSE : L'humain sculpté par ANNE MOURAT

  • Photo du rédacteur: Loïse Pannier
    Loïse Pannier
  • 14 oct. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 oct. 2025


La sculptrice Anne Mourat
Anne Mourat dans son Atelier - ©Marius Taverne

Les œuvres d’Anne Mourat sont principalement des tirages en bronze réalisés à partir de modelages en terre, donnant corps à une esthétique à la fois sensible et affirmée. Elle revendique une démarche figurative classique, qu’elle revisite avec subtilité et fantaisie, notamment à travers de légères disproportions. Par ce biais, elle explore et célèbre la condition humaine, dans toute sa puissance et sa fragilité.

Après des études d’art à Paris, suivies de plusieurs années consacrées à l’enseignement et au graphisme, Anne Mourat revient à la sculpture à l’approche de la quarantaine, durant ce qu’elle appelle ses « années africaines ». De retour en France en 2008, entre deux expatriations au Sénégal, elle commence à présenter son travail dans des salons, des rencontres artistiques et des galeries. Elle devient ensuite artiste permanente dans plusieurs espaces d’exposition, en Afrique, en Europe et aux États-Unis.

Installée définitivement en France depuis 2021, elle travaille désormais dans son atelier-galerie en Provence.



Vous avez vécu plusieurs années en Afrique. Qu’est-ce que cette expérience a laissé de durable dans votre manière de créer ?


J’avais expérimenté avec intérêt le modelage pendant mes études d’art à Paris, mais c’est presque 15 ans plus tard, en Afrique, que j’ai vraiment commencé à sculpter.


C’était d’abord juste pour le plaisir pendant mes 6 années au Burkina Faso (j’étais alors graphiste et illustratrice à mon compte) : au cours d'un stage informel chez les fondeurs traditionnels, j’ai redécouvert la joie de travailler en volume et ainsi réalisé quelques pièces en cire qui ont ensuite été tirées en bronze par les artisans bronziers. Petit à petit, ce médium s’est imposé à moi comme un mode d’expression évident et privilégié.

Au début des années 2000, tout juste arrivée au Sénégal, j’ai décidé de m’y consacrer entièrement, travaillant et exposant dans des galeries dakaroises et dans le cadre de la sélection OFF des biennales d’art de Dakar. Lors de quelques retours en France, je me suis inscrite à la Maison des Artistes et j’ai également commencé à exposer en France.


Ma source d'inspiration est l’humain sous toutes ses « formes », et plus précisément ce que j’appelle cette « force de vie » que je perçois et me fascine chez des hommes et femmes de mon entourage ou rencontrés par hasard. Et je dois dire qu’en Afrique, j’ai eu l’occasion de croiser de nombreux être humains correspondant à ce critère ! Lorsque j'ai choisi de modeler des femmes rondes, c’est parce que dans mon quotidien j'en rencontrais qui, à la fois musclées et rondes, dégageaient une incroyable impression de puissance et de grâce. S’acceptant et s’assumant avec leurs formes, ces femmes se vivaient ainsi séduisantes et séductrices.

Choc culturel et remise en question de mes croyances sur ce que doit être le beau féminin ! Aujourd'hui, je me suis définitivement éloignée des injonctions occidentales, à un certain « idéal féminin ». Mes personnages sont-elles minces ou rondes, jeunes ou vieilles ? Cela n'a plus d'importance à mes yeux… ni aux leurs : elles sont là, vivantes, dans l'instant. 


En conclusion, je ne sais pas si ma longue expérience africaine aura influencé, pour vous citer, ma manière de créer, en tous cas d’un point de vue technique, mais elle en aura eu sur ma perception de ce qu’est la beauté humaine. 


La Campée / La secrète / La Jumbax-Out


Comment choisissez-vous les personnages que vous sculptez ? Travaillez-vous toujours à partir de modèles ?


Ce sont chaque fois de véritables coups de foudre esthétiques qui me laissent fascinée et bouleversée, me donnant envie de sublimer ce que j’ai perçu d’humanité et de puissance chez ces hommes et femmes. 


Je travaille toujours d’après modèles : ami·e·s, parents ou inconnu·e·s rencontré·e·s par hasard. Il m’est arrivé d’aborder des inconnu·e·s et de leur demander s’ils voulaient être mes modèles ! Je leur explique ce que je fais, les invite à aller jeter un œil sur mon site, leur laisse mes coordonnées et attends leur appel…qui a lieu ou pas !


Avec la qualité d’image que permettent les téléphones actuels, je fais de nombreuses vidéos que je télécharge sur mon ordinateur et travaille ensuite seule dans mon atelier. Bien sûr, je réinterprète la réalité, jouant sur les disproportions. Mais je suis très attentive, malgré ces distorsions, à respecter la justesse anatomique et la ressemblance. Pour moi, toutes mes sculptures sont des portraits, même ceux en plan américain (influence certaine de ma passion de jeunesse pour la BD ?) 


Pourquoi avoir fait de l’humain le cœur de votre recherche sculpturale ?


Mon travail, résolument figuratif et sereinement assumé comme tel, est au service d'une célébration de l'humain dans toute sa puissance et sa fragilité. Je ne saurais pas dire, en toute honnêteté, pourquoi j’ai choisi l’humain. Je crois que je n’ai tout simplement pas envie d’explorer d’autres sujets ! Chaque nouveau modèle est une rencontre, une découverte, un émerveillement, je ne m’en lasse pas…


Lolote


Quelle importance accordez-vous à la matière – terre, bronze – dans votre processus créatif ?


Mon travail initial est en argile, puisque ma technique est le modelage. Dans les premiers temps, je fabriquais (ou faisais fabriquer) mes moules sur les originaux en terre crue, qui étaient alors perdus lors de l’ouverture des moules. Il était donc nécessaire de réaliser des tirages, en privilégiant le bronze, bien sûr, mais également en résine ou en plâtre. Depuis une dizaine d’années, je fais cuire mes terres et conserve donc un original en terre à partir duquel je fabrique – ou non – un moule. 


La terre est un médium fascinant, à la fois conciliant et exigeant. Une pièce en terre, non sèche, peut toujours être reprise, retravaillée. On peut lui faire subir de nombreuses contraintes, la découper, recoller, remodeler : elle est toujours partante. Par contre, gare aux bulles d’air si on veut la cuire ! Elle demande donc attention et respect. La transformation par la cuisson est, pour moi, un processus absolument magique. Je trouve également très émouvant d’utiliser un médium aussi ancien, aussi universel. J’ai la sensation de m’inscrire dans une continuité intemporelle et très naturelle. 


Anne Mourat dans son atelier
Anne Mourat dans son atelier - ©Marius Taverne

L’étape du bronze est importante mais secondaire. Un bronze permet de pérenniser une pièce et de la magnifier, mais n’intervient pas dans le processus créatif. Ce n’est d’ailleurs bien sûr pas moi qui réalise les tirages. Je reste cependant attentive à quelques étapes du processus de fabrication des tirages, supervisant les retouches sur le premier positif en cire et, surtout, la phase finale, celui de la patine. Je suis présente chez le fondeur quand elle est réalisée car c’est là que j’ai la sensation, après toutes ces étapes très techniques, de retrouver ma pièce…


Sculpture en fonderie
En fonderie

Vos prochaines créations : Quelles sont vos principales sources d’inspiration aujourd’hui ?


Dans ma recherche aussi bien esthétique qu'humaniste, je travaille actuellement sur une série de portraits de femmes en plan américain intitulée « Femmes/Objets ». Titre ironique, bien sûr ; il n'est en effet pas question ici du mot composé femme-objet, lourd d’un sens bien négatif, mais des deux mots apposés ensemble. Un peu par hasard au début (L’Accordéoniste, La Dame de Cœur, La Tassaba, A Mulher Do Meio, Pug-Panga), puis de manière plus volontaire et systématique depuis quelques temps (La Gardienne, L’Inattendue, Phénoménale 1, Phénoménale 2), j'ai demandé à mes modèles femmes de poser avec un objet de leur choix, important à leurs yeux, la seule contrainte étant qu'il puisse tenir dans la ou les mains. Inévitablement, l'objet oriente la pose des modèles et chacune d'elles, dans cet échange silencieux avec lui, m'autorise à entrer dans son intimité, me dévoile une partie d'elle-même, secrète ou publique, intense ou légère. Il n'est plus alors question, ici, du regard de l'autre sur soi ; l'objet choisi permet un recentrage sur l'essentiel, loin du jugement, loin de la séduction. Le corps n'est pas oublié pour autant, il est « réapproprié ». C'est dans ce rapport si intime à elles-mêmes que se révèle leur puissance de vie. Et que celle-ci soit discrètement subtile ou triomphalement assumée, je cherche inlassablement, sculpture après sculpture, à la sublimer.


La Tabassa / Phénoménale 2 / L’Accordéoniste



Pour finir, si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres, laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?


Après mûre réflexion (la question est un peu cruelle !), je crois que mon choix se porterait sur Petit Instant d’Éternité. Éternité est l’anagramme d’étreinte, a écrit Henri de Montherlant… Cette pièce est celle qui parle le plus de moi, peut-être aussi à cause de l’histoire très personnelle qu’il y a derrière. Elle aborde l’essentiel de notre condition humaine, le besoin d’amour et de contact, l’intériorité, l’intimité, l’instant présent. C’est aussi celle que j’ai vu provoquer les plus intenses réactions de la part du public et c’est toujours un grand bonheur pour moi quand une de mes sculptures apporte de l’émotion.


J’aime également l’équilibre général de la pièce entre mains, visages et corps, et, pour finir, c’était l’une des plus techniquement délicate à réaliser, j’en suis donc fière !


Petit instant d'éternité
Petit Instant d’Éternité

Pour découvrir davantage d’œuvres d’Anne Mourat, rendez-vous sur son site https://www.anne-mourat.com/ et suivez son actualité sur Instagram @anne_mourat_artiste

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